Au chevet des vivants

On accourt, on t’encourage à respirer, on ajoute des liquides dans tes veines, on prélève toutes sortes de choses. La porte chuinte, les blouses crissent quand elles se frottent à la barrière de ton lit mais, sans tes lunettes, les visages demeurent flous. Plus rien à quoi s’accrocher sinon des voix éparses. Tes pensées flottent, insaisissables, et des chimères langoureuses s’étirent dans tes rêves éveillés.

Ici, rôde la mort. Ici, veillent les soignants. Toi, tu n’as prise sur rien, tu n’es pas vraiment là. Un monde de sensations désac-cordées.

« Au chevet des vivants » est dédié à tous ceux qui ont fait vœux de secourir, soigner et accompagner les plus fragiles d’entre nous. À l’heure où l’hôpital crève des restrictions qu’on lui impose, où détresse sociale et subjective deviennent patentes, il importe, plus que jamais, qu’ils demeurent des vivants auprès des vivants.

Françoise Guérin vit à Lyon où elle exerce le métier de psychologue.
Elle écrit quand il lui reste du temps…
Elle est l’auteure de la série télévisée « Lanester », de polars radiophoniques pour Radio-France et de plusieurs recueils de nouvelles. Son dernier roman « Maternité » a reçu en 2019 le prix Lettres Frontière décerné par les lecteurs français et suisses.
“Au chevet des vivants” est son neuvième livre.
Également disponible chez Zonaires éditions : « Je n’oublie pas… »

Au chevet des vivants de Françoise Guérin, 70 pages, 9 € (+3,80 € frais de port)  Parution le 24 décembre 2019 ISBN 979-10-94810-24-8

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3 comments

  1. Treize nouvelles écrites au mot scalpel. Des phrases qui fouaillent la plaie pour mieux la guérir, qui vous parlent et vous émeuvent (Navion, Au chevet des vivants) C’est que le soin est au cœur du propos de ce recueil, le soin qu’on devrait porter à l’autre et donc à soi-même. Cinq de ces textes s’expriment à la deuxième personne du singulier pour mieux dire sans doute la singularité de l’autre, la familiarité que nous avons avec lui. Nous sommes cet autre en mal de mots et de présence. Aucun être humain ne peut se penser hors du lien à l’autre, un lien où la parole joue un rôle primordial. Le « tu » employé pourrait être aussi bien un « Je », il s’adresse à toi, à moi et nous remets dans des situations qu’on a parfois subies, que ce soit dans la vie courante ou lors d’un séjour à l’hôpital comme dans Un silence pour abri qui ouvre ce recueil et qui dit à quel point l’individu est parfois nié. La société où nous vivons prône un individualisme forcené où la technologie est sensée nous aider alors que bien souvent elle permet seulement de minimiser l’écoute de l’autre et l’attention qu’on lui porte. Heureusement, il reste encore un peu de nature où chercher réassurance et réconfort, par exemple auprès d’une araignée blanche qui vit au cœur d’une rose et dont l’existence « éclaire tes pensées » (Bianca)
    Ce recueil dit de manière intime ce que nous percevons, parfois avec désespoir, de cette société de plus en plus libérale où le collectif est envisagé comme la somme d’individus laissé à leur solitude et à leurs peurs pour mieux en faire des consommateurs sans pouvoir de décision, où la solidarité est un vœu sans fondement.
    La peur est présente dans ces nouvelles, peur ressentie par le malade a qui on ne donne pas la parole pour exprimer sa douleur, peur et fuite du médecin qui se réfugie derrière les images, les diagrammes et qui ne trouve pas les mots pour annoncer le pire (Les boutons), peur du voisin, un loup garou, peut-être, un fou comme vous et moi (Pleine lune). Regrets aussi de n’avoir pas dit ce qu’on ressentait aux personnes qu’on aimait du temps de leur vivant (Les bonnes joues)
    Ces nouvelles nous rappellent que nous avons surtout besoin de la présence de l’autre à notre chevet, des mots que disent les mères à l’enfant au cœur de la nuit effrayante : N’aie pas peur, je suis là. … Et si le dernier texte (D’un discours sans rêve) déplore la résignation de ceux et celles qui ont le cerveau laminé par la propagande libérale, il nous invite aussi (en contrepoint) à la révolte.
    Françoise Guérin pratique une littérature de proximité, écoutez ses mots, ils vous chuchotent à l’oreille en toute intimité et finalement vous font du bien.

  2. « Au chevet des vivants » est dédié à tous ceux qui ont fait voeux de secourir, soigner et accompagner les plus fragiles d’entre nous. À l’heure où l’hôpital crève des restrictions qu’on lui impose, où détresse sociale et subjective deviennent patentes, il importe, plus que jamais, qu’ils demeurent des vivants auprès des vivants.
    Ces nouvelles, pourtant, ne racontent que peu les soignants, mais plutôt les soignés, pour ne pas oublier qu’un patient n’est pas d’abord celui qui attend, mais celui qui souffre.
    J’ai aimé retrouver l’auteure et sa vision du monde dans lequel nous vivons et nous souffrons.
    Mais tout n’est pas noir dans ce recueil, heureusement.
    Certaines nouvelles m’ont plus parlé que d’autres, mais toutes sont éprouvantes émotionnellement.
    Une auteure que j’aime retrouver à chacun de ses ouvrages, même si je la préfère romancière.
    Un ouvrage paru le 24 décembre, mais le hasard existe-t’il ?
    Une citation :
    Mais ta douleur n’est pas un chiffre. Elle est un renoncement. Un repli. Un ravage. Un sanglot qui fait trembler ta voix. Des mâchoires qui se serres, sans y penser, jusque dans ton sommeil. (p.13)

  3. Au premier regard, ce livre m’a tendu la page. J’ai différé. Plusieurs fois, première et quatrième de couverture m’ont saluée.
    Enfin, je me suis décidée.
    Dès les premières lignes, j’ai su que cette écriture me gâterait.
    Des nouvelles de longueur fort variable, toutes chargées en intensité. Du court maîtrisé et percutant.
    Mention spéciale pour « Un silence pour abri », « Au chevet des vivants », nouvelle éponyme, « Les boutons » et « Une peignée ». Mais toutes résonnent et raisonnent !
    Lecture estampillée indélébile.

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