{"id":2751,"date":"2019-08-04T15:07:47","date_gmt":"2019-08-04T14:07:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.zonaires.com\/?page_id=2751"},"modified":"2019-08-04T17:41:00","modified_gmt":"2019-08-04T16:41:00","slug":"et-nous-etions-ensemble","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.zonaires.com\/?page_id=2751","title":{"rendered":"Et nous \u00e9tions ensemble"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.zonaires.com\/?p=2711\"><strong><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-2712\" src=\"https:\/\/www.zonaires.com\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/Et-nous-e\u0301tions-ensemble-couverture_1-2-148x210.jpg\" alt=\"\" width=\"148\" height=\"210\" \/><\/strong><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.zonaires.com\/?p=2711\"><strong>Chaussettes<\/strong><\/a> : micronouvelle du recueil &#8220;Et nous \u00e9tions ensemble&#8221; de Fabienne Botto<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tu n&#8217;as m\u00eame pas pris la peine de te changer. Tu restes comme tu es, avec le pantalon de sport fatigu\u00e9 et le vieux sweat un peu tach\u00e9, d\u00e9cousu \u00e0 l&#8217;\u00e9paule. C&#8217;est la tenue du soir, celle que tu enfiles d\u00e8s ton retour, vers dix-neuf heures. Tu as tout de m\u00eame pass\u00e9 une paire de chaussures mais tu as gard\u00e9 les chaussettes vertes, celles qui tiennent chaud mais dont la couleur ne va avec rien. \u00c7a t&#8217;apprendra \u00e0 acheter des lots de chaussettes, il y a toujours des couleurs impossibles \u00e0 porter.<br \/>\nLe chien, dot\u00e9 d&#8217;un sixi\u00e8me sens extraordinaire, a devin\u00e9 presque avant toi que tu allais le sortir. En fait, il te semble bien qu&#8217;il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 debout, queue fr\u00e9tillante, au moment o\u00f9 tu as pos\u00e9 ton livre sur le bras du fauteuil. Ce chien est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui lit dans tes pens\u00e9es.<br \/>\nTu h\u00e9sites \u00e0 fermer la porte de ton appartement \u00e0 clef, tu re-viens dans un quart d&#8217;heure au plus, mais on ne sait jamais. Donc tu fermes et tu fourres la clef dans la poche de ton pantalon. \u00c7a va faire cling cling contre ta cuisse pendant quinze minutes.<br \/>\nDehors, les ombres s&#8217;habillent de noir sur le trottoir. Les lampadaires balisent ton parcours, identique soir apr\u00e8s soir. Suivre le bord du square, tourner \u00e0 l&#8217;angle, remonter derri\u00e8re la maison des Ricaud, passer le portail monstrueux de ce dingue de Martin, jeter un \u0153il en passant sur les fen\u00eatres allum\u00e9es du num\u00e9ro dix. Une fois, une fille un peu nue qui \u2026 Non, rien. Le chien ne te demande pas ton avis, il file en suivant ses rep\u00e8res olfactifs, poteaux, portails, murets, arbustes. En traversant le carrefour, tu le tiendras par le collier, parce que bien s\u00fbr la laisse est dans ta main, pli\u00e9e, inutile. Cette pauvre b\u00eate qui ne sort que deux fois par jour, on ne va pas en plus l&#8217;attacher.<br \/>\nLe matin, c&#8217;est ta femme qui sort le chien. Enfin, c&#8217;\u00e9tait. \u00c7a fait trois mois que tu assures aussi la sortie du matin, en costard et mocassins cir\u00e9s, juste avant de choper ton train. Ta femme, elle prom\u00e8ne le chien d&#8217;un autre, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres d&#8217;ici.<br \/>\nQuand tu reviens vers la porte de ton immeuble, le chien attend, museau lev\u00e9, que tu r\u00e9ussisses une fois encore \u00e0 composer le code d&#8217;acc\u00e8s sans te tromper. Gagn\u00e9 ! Il te f\u00e9licite d&#8217;un jappement sinc\u00e8re et se faufile dans le couloir d\u00e8s que tu pousses le battant. C&#8217;est une brave b\u00eate. Tu souris, attendri, en rep\u00eachant la clef au fond de ta poche. Au passage, tu aper\u00e7ois ton reflet dans la vitre de la porte. Evidemment, si la fille du num\u00e9ro dix arrivait par hasard, en face de toi, quand tu prom\u00e8nes le chien, il vaudrait mieux que ce soit le matin. Parce que le soir, le jogging fatigu\u00e9 et les chaussettes vertes \u2026<br \/>\nMais tu n&#8217;y crois pas. Les filles qu&#8217;on voit nues aux fen\u00eatres ne sortent pas dans la rue. Elles restent \u00e0 jamais des images qu&#8217;on glisse derri\u00e8re ses paupi\u00e8res le soir, au moment de s&#8217;en-dormir, berc\u00e9 par les ronflements du chien qui traversent le couloir depuis la cuisine.<br \/>\nTu grimpes l\u2019escalier, un peu fatigu\u00e9, s\u00fbrement \u00e0 cause du changement de saison. L\u2019automne, les premiers froids, le manque de soleil. Tu penses \u00e0 ce bouquin qui patiente sur le bras du fauteuil. Tu mettras peut-\u00eatre un peu de musique, pas fort. Le chien commencera \u00e0 ronfler au bout de dix minutes. Tu finiras par aller te coucher. Et, derri\u00e8re tes paupi\u00e8res \u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Chaussettes : micronouvelle du recueil &#8220;Et nous \u00e9tions ensemble&#8221; de Fabienne Botto &nbsp; Tu n&#8217;as m\u00eame pas pris la peine de te changer. Tu restes comme tu es, avec [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.zonaires.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2751"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.zonaires.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.zonaires.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.zonaires.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.zonaires.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2751"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.zonaires.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2751\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2760,"href":"https:\/\/www.zonaires.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2751\/revisions\/2760"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.zonaires.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2751"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}